Luigino Bruni Vita 250Luigino Bruni

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La force faible qui nous sauve

Plus grands que nos fautes / 13 – Renoncer à tuer pour sauver son nom et couper un pan du manteau

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 15/04/2018

Piu grandi della colpa 13 rid« Cher mal,
je ne te demande pas de te justifier ;
c’est cela, la loi de l’hospitalité…
Je t’offre un abri
à toi qui me prives de toit.
Je ne t’aime pas, mal,
je te sais adroit, je te surveille,
je te sers de nid,
à toi qui me dégustes
avant de recracher le noyau. »

Chandra Livia Candiani, Fatti vivo

Les conflits peuvent revêtir de multiples formes. Chaque époque vient en ajouter de nouvelles à celles reçues en héritage. La Bible en connaît elle aussi plusieurs. Citons le conflit entre Caïn et Abel, où une frustration verticale (entre Caïn et Dieu qui rejetait ses propositions) se transforme en violence horizontale (envers Abel) ; le conflit entre Joseph et ses frères aînés, où l’envie aboutit à l’élimination de celui qui en est l’objet, vendu aux chameliers en route vers l’Égypte ; ou encore, le conflit entre Abraham et son neveu Loth, déclenché par l’abondance de ressources dans un espace commun réduit et qui se règle par une séparation : Abraham, généreux, laisse Loth choisir où il s’établira (« Sépare-toi donc de moi. Si tu prends le nord, j’irai au sud ; si c’est le sud, j’irai au nord » : Genèse 13,9).

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La communauté métissée capable d’engendrer

Plus grands que nos fautes / 12 – On apprend le métier de la vie en se mettant en chemin

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 08/04/2018

Piu grandi della colpa 12 rid« Enfant, il m’est arrivé de regarder avec sympathie et un infini respect le visage à moitié flétri d’une femme, sur lequel on eût dit qu’il était écrit : “La vie et la réalité sont passées par là.” Pourtant, nous sommes vivants, et cela renferme quelque chose de merveilleux. Appelle-le Dieu, nature humaine ou comme tu voudras ; il y a là cependant quelque chose que je ne saurais définir au sein d’un système, même si ce quelque chose est très vivant et vrai et, pour moi, c’est cela, Dieu. »

Vincent Van Gogh, Lettres, 179, 193

Lorsqu’une vocation est authentique et qu’elle se développe bien, après les « hosanna » de la foule arrive la passion en son temps. Il s’agit toujours d’une période cruciale, où le dessein et la mission de cette personne commencent à se révéler de façon plus nette, car les événements qui constituent sa toile de fond obscure en font ressortir les contours lumineux. Il en va ainsi de David qui, après ses premiers succès à la cour et dans le cœur de Saül, sa victoire contre Goliath et le chant des femmes à sa gloire (« Saül en a battu des mille, et David, des myriades »), se retrouve à présent obligé de fuir et de se cacher parce que Saül veut le tuer. Le texte nous le présente désormais comme un fugitif nomade errant de ville en ville, en constant danger de mort, sans demeure fixe, vulnérable et pauvre. Tout comme Abraham, Moïse, Marie et Joseph. Lui aussi est un Araméen errant ; lui aussi est en quête de bienveillance et d’hospitalité ; comme nous tous qui, dès notre venue au monde, devenons des mendiants en quête d’une bonne âme qui nous accepte et nous accueille chez elle, et nous ne cessons alors plus de la chercher, jusqu’à la fin.

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La promesse d’un ami est vraie

Plus grands que nos fautes / 11 – Si l’amour est unique, les amours sont multiples : éros, philia, agapè…

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 01/04/2018

Piu grandi della colpa 11 B rid« Pierre, m’aimes-tu ? [agapè] – Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime [philia]. 
Pierre, m’aimes-tu ? [agapè] – Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime [philia].
Pierre, m’aimes-tu ? [philia] »

Évangile de Jean 21,15-17

Si l’amour est unique, les amours sont nombreux. Nous aimons beaucoup de personnes et beaucoup de choses, et nous sommes aimés de nombreuses personnes, de différentes façons. Nous aimons nos parents, nos enfants, nos fiancé(e)s, nos maris ou femmes, nos frères et nos sœurs, nos instituteurs et institutrices, nos grands-parents et cousins, les poètes et les artistes. Et nous aimons nos amis et amies, beaucoup. L’amour humain ne se limite pas aux êtres humains : il englobe les animaux et la nature tout entière pour aller jusqu’à Dieu. Les Grecs disposaient de deux mots principaux pour dire amour : éros et philia, qui n’épuisaient certes pas ses nombreuses formes, mais qui offraient un registre sémantique plus riche que le nôtre pour décliner ce mot fondamental de la vie. Un lexique capable à la fois de faire la distinction entre le « je t’aime » adressé à la femme que l’on aime et le « je t’aime bien » adressé à un ami, et de reconnaître que le second n’était ni inférieur au premier, ni moins authentique.

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Le travail parvient à triompher de la guerre

Plus grands que nos fautes / 10 – Les modestes instruments qui complètent le livre de l’histoire des hommes

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 25/03/2018

Piu grandi della colpa 10 rid« Martelant leurs épées, ils en feront des socs, de leurs lances ils feront des serpes. On ne brandira plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à se battre. »

Isaia 2,4

Dans le livre de l’histoire des hommes, qui nous parle de vainqueurs puissants et despotiques, de personnes faibles et de pauvres qui succombent, on trouve aussi certaines pages différentes : celles où l’ordre naturel se trouve renversé, où les humbles sont élevés et les orgueilleux vaincus. Si ces pages sont peu nombreuses, leur lumière fulgurante éclaire tout le livre et le transforme ; elles changent son sens et font toute la différence. Des récits différents, qui nous révèlent une seconde loi de la marche de l’humanité : la loi du Magnificat d’Anne et de Marie, de la prophétie de l’Emmanuel, de la pierre rejetée par les bâtisseurs, du serviteur souffrant et glorifié, du crucifié ressuscité, de Rosa Park, de ces coopératives, organisations et syndicats qui ont libéré et libèrent encore les victimes des empires et des pharaons. Ces pages nous enseignent que l’ordre hiérarchique naturel n’est qu’une possibilité parmi d’autres, que tout peut arriver, que nous avons une dernière chance lorsque tout et tout le monde laisse croire que c’est impossible. C’est cette loi à la fois fragile et tenace qui explique pourquoi, au milieu du vacarme des voix fortes et puissantes, nous réussissons parfois à écouter une petite voix différente et que nous la suivons ; pourquoi, cette fois-là, nous avons su croire à une seule petite raison de continuer à avancer plutôt qu’aux cent meilleures raisons d’abandonner ; ou encore, pourquoi, face à un choix crucial, nous n’avons pas emprunté le chemin de la réussite et du pouvoir, mais celui dont nous savions bien qu’il nous rendrait plus petits et vulnérables. D’autres pages, donc, une autre histoire et une loi différente. Une autre route, que nous prenons peut-être parce que nous y voyons la seule possibilité d’un salut plus authentique car plus modeste, ou bien parce que, n’écoutant que notre cœur, nous la suivons docilement.

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L’économie du petit

Plus grands que nos fautes / 9 – Le travail n’est jamais un obstacle à nos vocations

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 18/03/2018

Piu grandi della colpa 09 rid« Un jour, Rabbi Bounam pria dans une auberge. Plus tard, il dit à ses disciples : “Parfois, on croit ne pas pouvoir prier dans un lieu et l’on en cherche alors un autre. Or, ce n’est pas cela, la voie juste, car le lieu que l’on a quitté se plaint : “Pourquoi as-tu refusé de réciter tes prières entre mes murs ? Si quelque chose te gênait, c’était justement le signe que tu avais l’obligation de me racheter.” »

Martin Buber, Les récits hassidiques

Le déclin de Saül se produit au même moment que l’ascension de David, étoile si lumineuse de la Bible, peut-être même la plus brillante de l’Ancien Testament. C’est le personnage biblique dont nous connaissons le mieux le cœur ; ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce mot apparaît dès le premier récit de sa vocation (« Les hommes voient ce qui leur saute aux yeux, mais le SEIGNEUR voit le cœur » : 1 Samuel 16,7).

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Héritiers des pans du manteau

Plus grands que nos fautes / 8 – Nous sommes les citoyens d’un monde partiel et inachevé

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 11/03/2018

Piu grandi della colpa 08 rid« En parcourant la Bible, il est bien difficile de trouver un seul personnage, juste ou injuste, qui n’ait pas été renié par Dieu, à part peut-être Abraham et Jésus. Or, c’est justement grâce à ces reniements que l’homme de foi apprend à douter de toute institution qui n’accepte pas d’être contredite. »

Paolo De Benedetti I profeti del re

Après sa consécration par Samuel, Saül commence à accomplir sa mission de roi guerrier ; des débuts qui scellent son sort tragique, raconté dans les pages figurant parmi les plus captivantes et splendides de toute la Bible : « Les Philistins s’étaient mobilisés contre Israël. Ils avaient trente mille chars, six mille cavaliers […]. Saül était encore à Guilgal et, derrière lui, tout le peuple tremblait. Saül attendit sept jours le rendez-vous de Samuel, mais Samuel ne vint pas à Guilgal, et le peuple abandonna Saül et se dispersa. Saül dit : “Amenez-moi l’holocauste et les sacrifices de paix.” Et il offrit l’holocauste » (1 Samuel 13, 5-9).

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Les pactes sont faits de chair et de sang

Plus grands que nos fautes / 7 - L’Alliance biblique instaure engagement et pardon réciproques

Par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 04/03/2018

Piu grandi della colpa 07 rid«Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi. […] Une chose, cependant, m’apparaît de plus en plus clairement : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui devons t’aider. […] Je peux même désormais pardonner à Dieu le fait que la situation soit ce qu’elle doit être. Que l’on puisse avoir assez d’amour pour pardonner à Dieu !»

Etty Hillesum Journal, 1942

Il y a bien des épisodes-clé d’une vie pour lesquels un unique récit ne suffit pas. Pour dire ce qui s’est passé le jour où nous nous sommes connus, ou le jour où nous nous sommes entendu appeler par notre nom, une seule voix ne suffit pas. Ces moments décisifs, nous devons les raconter mille fois, des personnes différentes doivent les raconter, chacune à sa manière. Les répétitions ont du bon, que ce soit pour celui qui raconte ou pour celui qui fait l’objet du récit. Quand cette biodiversité manque, lorsqu’elle est niée ou combattue, nos récits s’appauvrissent, le mystère de la vie nous échappe. La multiplicité des histoires protège de l’idéologie, qui se développe lorsque le caractère de la vérité est attribué à un unique récit, et celui d’hérésie à tous les autres. Cette multiplicité et cette variété des récits en général dérangent l’homme moderne, en quête d’une concordance des données historiques ; en revanche, pour l’auteur biblique, un tel langage exprime la grandeur et l’importance des épisodes qu’il rapporte. La prodigalité et la générosité de la Bible se révèlent aussi dans l’abondance dont elle accompagne les plus beaux récits, à l’instar des lettres d’amour où les adjectifs s’accumulent pour dire un peu tout ce que nous n’arrivons pas à exprimer. La Bible est une longue et unique lettre d’amour qui nous est adressée et qui reste souvent enfermée dans son enveloppe. La vérité est symphonique, toujours.

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L’onction des périphéries

Plus grands que nos fautes / 6 – L’enthousiasme prophétique s’allume dans la vie ordinaire

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 25/02/2018

Piu grandi della colpa 06 c rid« Vos fils et vos filles prophétiseront,
vos vieillards auront des songes,
vos jeunes gens auront des visions. »

Livre du prophète Joël

Le couronnement de Saül, premier roi d’Israël, a lieu, encore une fois, au milieu d’événements ordinaires de la vie. Saül s’est éloigné de chez lui pour chercher des ânesses égarées, des animaux très précieux pour l’économie de l’époque. C’est lors de cette mission ordinaire que l’extraordinaire fait irruption dans sa vie. Alors que Saül était sorti de chez lui pour aller travailler, il revient en « oint du Seigneur ». Il était parti à la recherche d’ânesses qu’il n’a pas trouvées ; il a trouvé à la place une vocation, une mission, un destin qu’il ne cherchait pas. Il s’agit là d’un des plus magnifiques épisodes de sérendipité, qui ne se contente pas d’expliquer pourquoi. Si nous n’allons pas en chair et en os dans les librairies, nous ne découvrirons jamais les livres les plus importants que nous ne cherchions pas, qui nous attendaient à côté des livres moins importants que nous cherchions : il nous fait également percevoir une part de la logique profonde de la vie spirituelle. Les plus grands biens de la vie sont ceux que nous n’achetons pas parce qu’ils ne sont pas en vente, ceux que nous ne cherchons même pas car nous ignorons encore leur existence, ceux que nous recevons parce que nous sommes tout simplement aimés.

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Les nécessaires gardiens du « presque »

Plus grands que nos fautes / 5 – Reconnaître les mauvaises décisions de notre vie et nous réconcilier

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 18/02/2018

Piu grandi della colpa 05 rid« Je voudrais passer comme une toile
où le regard crucifié
éteint les idoles. »

Heleno Oliveira, Se fosse vera la notte

Très souvent, la Bible recourt au langage de l’économie pour décrire le plus haut degré de corruption morale et spirituelle. Si elle le fait, c’est parce qu’il n’y a rien de plus spirituel et théologique que l’économie, la politique et le droit. La foi ne parle qu’à travers les paroles de la vie. Dès lors, il n’existe pas de mots plus vrais que salaire, profit, impôts, pots-de-vin, finance, contrat, travail ou entreprise pour exprimer la nature et la qualité de notre vie spirituelle. Il s’agit des mots les plus théologiques et spirituels dont nous disposions « sous le soleil », qui confèrent une certaine vérité y compris aux paroles ayant trait à la foi. Car, si nous ne savons pas exprimer la spiritualité avec le vocabulaire de l’économie, du droit ou de la politique, il se peut fort que ces paroles spirituelles soient, de fait, des prières à nos idoles, même lorsque nous les prononçons en toute dévotion dans nos temples, nos synagogues ou nos églises. Cela, la Bible et sa vraie laïcité l’avaient très bien compris ; or, aujourd’hui nous le comprenons beaucoup moins bien, car nous avons oublié la Bible et la laïcité.

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La civilisation du don homéopathique

Plus grands que nos fautes / 4 Dieu tout-puissant et vaincu nous enseigne la foi qui change tout

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 11/02/2018

Piu grandi della colpa 04 rid« Les plus belles poésies
s’écrivent sur les pierres,
les genoux pliés
et les esprits aiguisés par le mystère.
Les plus belles poésies s’écrivent
face à un autel vide,
tandis que des agents
de la divine folie nous encerclent.
Ainsi, fou criminel que tu es,
tu récites des vers à l’humanité,
les vers de la révolte
et les prophéties bibliques,
et tu es le frère de Jonas
. »

Alda Merini, La Terra Santa

« En ces jours-là, les Philistins se rassemblèrent pour combattre Israël. Israël partit en guerre contre les Philistins » (4,1b). Après la nuit grandiose et splendide où Samuel découvre sa vocation, le décor change : un vent de guerre souffle sur Israël. Apparaît alors un peuple qu’Israël connaît déjà, qui l’accompagnera et le combattra pendant des siècles : les Philistins, un peuple ancien de marins, qui exerça sa domination politique et culturelle sur toute la région et lui donnera même son nom (Palestine, Philistie : la terre des Philistins). Même si le décor change et peut-être aussi le narrateur, il reste quelques éléments de continuité ; parmi eux, Eli et ses fils, mais aussi et surtout l’arche.

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La vie, ce merveilleux métier

Plus grands que nos fautes / 3 - On peut demeurer juste tout en étant faible et écouter sans avoir entendu

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 04/02/2018

Piu grandi della colpa 03 rid« Le maître dit :
“Qui fait de la vertu un métier est la ruine de la vertu.” »

Confucius

Il existe sur terre de nombreuses personnes qui, entendant un appel, répondent « me voici », même lorsqu’elles ne parviennent pas à reconnaître la voix de la personne qui les appelle par leur nom. Aujourd’hui comme hier, toujours. Elles entendent l’appel de voix intérieures différentes et inconnues, qui s’élèvent de l’amour et de la souffrance du monde. Dans le cas de ces vocations, suscitées chaque jour et dans tous les domaines de l’humain, ce qui compte vraiment, c’est de répondre. Pourtant, nous nous émerveillons lorsque nous avons à nos côtés un « Eli » qui nous renvoie nous coucher sereins, avant de nous révéler le nom de la personne qui continue de nous appeler.

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Chanter dès aujourd’hui le pas encore

Plus grands que nos fautes / 2 - Le don des enfants reçus en cadeau est le fondement de l’existence

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 28/01/2018

Piu grandi della colpa 02 rid« Donne-moi à manger,
Donne-moi à boire…
La faim est un mystérieux appel
qui élève, abaisse, soutient et relâche,
je te soutiens et je me relâche.
Donne-moi de l’eau,
donne-moi la main,
car nous appartenons
au même monde. »

Chandra Livia Candiani, Dammi da mangiare

Dieu entendit le cri d’Anne et « se souvint d’elle » (1 Samuel, 1,19), de la même façon qu’il s’était souvenu de son peuple tombé en esclavage en Égypte, après la première prière collective de la Bible (Exode 2, 23). Le Dieu de la Bible est un Dieu qui sait se mettre à l’écoute de tous les hommes, en particulier des victimes. Les idoles, quant à elles, sont sourdes et muettes parce qu’elles sont mortes. Le Seigneur est vivant car il a des « oreilles » pour entendre ; il peut alors se faire tirer de son sommeil, se réveiller après avoir relâché son attention alors que nous sommes sur le bateau et que la tempête fait rage.

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La grande prière des femmes

Plus grands que nos fautes / 1 - Les paroles sans voix des victimes sans souffle valent plus que toutes les autres

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 21/01/2018

Piu grandi della colpa 01 rid« La Bible connaît les lamentations. Les lamentations sont un moment extrêmement important dans la relation avec Dieu, jusqu’à ce que Dieu console l’homme et l’homme console Dieu. Prophétie et liturgie font avancer et reculer les lamentations entre le ciel et la terre. »

Paolo De Benedetti, La chiamata di Samuele e altre letture

Nous entamons à présent la lecture et le commentaire des deux livres de Samuel. Voici venu le temps d’une joie nouvelle, celle que, peut-être, seul le contact intérieur avec l’immense texte de la Bible réussit parfois à offrir. Et ce notamment au début, lors du sabbat de l’attente, au milieu de cette joie aurorale qui inonde l’âme avant même que celle-ci ne sache quelles paroles naîtront de cette nouvelle rencontre avec les paroles infinies de la Bible, et si elles viendront. Avant même que nous ne sachions si et dans quelle mesure nous serons capables de les transformer en un discours sur notre temps, sur nos royaumes, nos pleurs, nos vocations, nos trahisons et nos prières.

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L’infinie douceur qui nous sauve

Capitaux narratifs / 10 - Le défi : empêcher la transformation de l’idéal en idéologie

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 14/01/2018

180114 Capitali narrativi 10 rid« Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement [aux hommes attachés à l’intérieur de la caverne] si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière.[…] Penses-tu que notre homme portera envie à ceux qui, parmi les prisonniers, sont honorés et puissants ? Ou bien ne préfèrera-t-il pas mille fois souffrir tout au monde plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et de vivre comme il vivait ? Ne va-t-on pas rire à ses dépens ? […] Et si quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils puissent le tenir en leurs mains et le tuer, ne le tueront-ils pas ? »

Platone La République

Donner vie à une représentation dichotomique ou gnostique du monde est caractéristique de la pensée idéologique, de toute idéologie et surtout des idéologies de nature religieuse. Le bonheur, la beauté, la vérité et la lumière spéciale de ceux qui participent à cette expérience sont exaltés, tandis que les bonheurs et beautés ordinaires de ceux qui se trouvent en-dehors sont dépréciés. L’amitié, le travail, le jeu, l’art et la vie de tous ne suffisent plus : on éprouve le besoin de charger ces éléments de sens supplémentaires, extraordinaires et différents. Bientôt, on finit par ne plus réussir à se réjouir de revoir un « ami et rien de plus », de « travailler et rien de plus », de « prier et rien de plus » ou de « peindre et rien de plus ». On commence à croire que la vie, tout simplement, ne suffit pas pour vivre. À force de se convaincre que l’on vit davantage que les autres, on risque de cesser de vivre vraiment.

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On ne simule pas l’authenticité

Capitaux narratifs / 9 - L’enfance dans l’esprit est le sommet d’une vie adulte

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 07/01/2018

180107 Capitali narrativi 09 rid«Finalement, finalement, il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adultes.i»

Jacques Brel-Franco Battiato La chanson des vieux amants

Toutes les organisations et toutes les communautés voudraient des membres qui s’identifient authentiquement à leur mission institutionnelle, qui aiment sincèrement ses récits, qui croient vraiment à ce qu’elles disent et font. Là où cette difficile opération d’identification individuelle sincère avec la mission institutionnelle se réalise avec succès, c’est dans le cadre des communautés et des associations à mouvance idéale, surtout quand leurs idéaux sont si élevés qu’ils percent le ciel et nous font entrevoir le paradis. Il se crée alors une parfaite synergie entre la personne et la communauté. Chacun croit, espère, aime, désire les choses qui appartiennent à tous les autres, sans que cette « socialisation du cœur » soit vécue comme une aliénation ou une expropriation des individus.

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La fraternité a des mains et des pieds

Capitaux narratifs / 8 – Fonder et poursuivre sans se hâter, à la manière des équilibristes

de Luigino Bruni

pubblicato su Avvenire il 31/12/2017

171230 Capitali narrativi 08 rid« Chaque fois qu’un génie original se manifeste en ce monde, les gens s’efforcent aussitôt de s’en débarrasser. À cette fin, ils usent généralement de deux méthodes : la première, c’est la suppression pure et simple. […] Si ces manœuvres restent sans effet, on passe à la seconde méthode, bien plus radicale et redoutable, la glorification : on hisse la victime sur un piédestal, on l’encense, et on en fait un dieu. »

Lu Xun, Introduction à Confucius

Aux origines de beaucoup de communautés et mouvements, on retrouve l’expérience d’une proximité profonde et intense entre tous leurs membres, notamment avec les fondateurs. Une intimité élargie qui exalte et développe l’intimité de chacun. C’est ce « bien relationnel » si particulier qui attire, rassasie et fascine au moins autant que le message idéal reçu et annoncé. Le contact des cœurs et des corps, le partage d’une table commune où l’on mange des plats préparés ensemble, les vraies étreintes des « lépreux », qui se transforment aussitôt en étreintes vraies et différentes lorsque l’on rentre chez soi. Des expériences résolument anti-immunitaires, précisément parce qu’elles ne revêtent pas encore les nombreuses formes de médiation que nous avons inventées afin de ne pas toucher du doigt la « blessure de la rencontre ».

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Les grandes ailes de la vie

Capitaux narratifs / 7 - La mauvaise culture chasse la bonne existence

de Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 24/12/2017

171223 Capitali narrativi 07 rid« Mais, lorsque Céphas (Pierre) vint à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, car il s’était mis dans son tort. […] Quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : “Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à se comporter en Juifs ?” »

Saint Paul, Épître aux Galates

La vie possède sa plénitude qui, à elle seule, nous comble et nous rassasie. La lune, l’aurore, le coucher du soleil, la souffrance, l’amour, un regard, un enfant, sont des paroles incarnées plus concrètes et plus authentiques que les paroles que nous utilisons pour les décrire. Si tel n’était pas le cas, nous ne comprendrions pas pourquoi la plupart des personnes, aujourd’hui comme hier, sont incapables de composer des poésies ou des essais de théologie et parviennent pourtant à toucher du doigt la vie avec la même profondeur que le poète et le philosophe. C’est cet accès direct au mystère de l’existence qui nous rend tous vraiment égaux sous le soleil, avant les nombreuses différences et inégalités bonnes ou mauvaises. Peut-être est-ce lui encore qui nous rend parfois capables de percevoir une vraie fraternité universelle entre nous et les animaux, les plantes et la terre, que nous sentons vivants, comme nous. Hélas, même cette infinie richesse peut se transformer, dans certains cas, en une forme de pauvreté.

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L’aube de minuit

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L’arbre de vie

Logo Albero della vita rid modLe commentaire de la Genèse, dans les éditoriaux dominicaux de Luigino Bruni dans Avvenire

La mort de Jacob- 03/08/2014
Retrouver son fils- 27/07/2014
La réconciliation- 20/07/2014
Joseph et le pardon- 13/07/2014
Vaches maigres, vaches grasses- 06/07/2014
La loyauté de Joseph- 29/06/2014
Juda et Tamar- 22/06/2014
Joseph l’homme des songes- 15/06/2014
La mort d’Isaac - 08/06/2014
Dina, la vengeance et la gratitude - 01/06/2014
Blessure et bénédiction - 25/05/2014
La carence de fondement - 18/05/2014
Le songe et la vocation - 11/05/2014
Esaü et Jacob - 04/05/2014
Le premier contrat - 27/04/2014
Isaac - 20/04/2014
Agar - 13/04/2014
Abram - 06/04/2014
Babel - 30/03/2014
Noé - 23/03/2014
Caïn et Abel - 16/03/2014
Le serpent - 09/03/2014
Parité - 02/03/2014
Adam - 23/02/2014
L’arbre de vie - 16/02/2014

Le nouveau lexique du bien vivre social

Logo nuovo lessico rid modLes "paroles" du Nouveau Lexique, dans les éditoriaux hebdomadaires de Luigino Bruni dans Avvenire

Communion - 09/02/2014
Institutions - 02/02/2014
Communauté - 26/01/2014
Temps - 19/01/2014
Douceur - 12/01/2014
Économie - 05/01/2014
Innovation - 14/12/2013
Marché - 08/12/2013
Biens communs - 01/12/2013
Coopération - 24/11/2013
Biens d’expérience - 17/11/2013
Point critique - 10/11/2013
Capitaux - 03/11/2013
Pauvreté - 27/10/2013
Biens relationnels - 20/10/2013
Biens - 13/10/2013
Richesse - 06/10/2013
Nouveau lexique - 29/09/2013

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Les témoignages des entrepreneurs

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Des entrepreneurs engagés dans l’ÉdeC livrent leurs expériences.

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